Démarche artistique

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »

Erick FOURRIER paraît avoir fait de la phrase de l’agronome et chimiste, Antoine LAVOISIER, sa marque de fabrique. Entre démarche écologiquement responsable et esthétique pure, l’artiste toulousain utilise des objets ou matériaux à l’abandon pour la réalisation de sculptures et autres travaux plastiques éloquents. Le déchet se fait ainsi challenge : « Comment créer sans gaspiller ? Comment créer en recyclant ? ».

Depuis quelques années, son médium privilégié est la palette de livraison à partir de laquelle il réalise des sculptures murales en bas relief, des sculptures 3D, des installations. Leur efficacité visuelle et narrative ne nie pas le passé utilitaire de l’objet qui, sans l’intervention de l’artiste, aurait été détruit, brûlé, oublié. Le plasticien conte leur histoire de palettes qui servaient à transporter des marchandises au gré des besoins des humains jusqu’à ce qu’elles soient abandonnées sur le macadam des trottoirs ou les zones industrielles, telles les « hobos » aux États-Unis, ces vagabonds qui se déplaçaient de ville en ville, le plus souvent en se cachant dans des trains de marchandises, et vivaient de travaux manuels saisonniers. Avec brio Erick FOURRIER s’applique à rendre sa dignité aux palettes en les transformant en œuvres d’art, exposées au regard, mises en avant sous les projecteurs.

A l’instar des adeptes de l’Arte Povera, Erick FOURRIER défie l’industrie culturelle et plus largement la société de consommation en se servant d’un matériau pauvre, chargé de mémoire, pour élaborer ses œuvres. Les palettes de livraison ont une structure spécifique que le plasticien respecte : « Mon paradoxe consiste à garder la structure de la palette de livraison tout en cherchant à la rendre la moins lisible et apparente possible ». Durant des semaines, il les sculpte patiemment, en tenant compte de leurs caractéristiques. Les lignes droites deviennent peu à peu des courbes et le bois apparaît étonnamment souple. La matière est domptée ! Une œuvre finit par surgir, porteuse d’imaginaire poétique et social. Malgré sa structure préexistante et toujours présente, la palette de livraison s’évapore par sa nouvelle complexité, ses ombres portées, dévoilant l’atmosphère qu’elle dégage.

En quête d’une justesse esthétique, Erick FOURRIER invite le spectateur à se perdre dans la complexe simplicité de ses sculptures. « Je pense que ce qui est important dans une œuvre d’art, c’est qu’elle fasse appel à l’imagination du regardeur, l’interpelle, mais surtout qu’elle ne se donne pas au premier regard, qu’elle conserve une certaine pudeur ».

Dans la continuité de sa démarche artistique, le plasticien s’intéresse désormais au papier. Il récupère les prospectus déposés notamment dans les boîtes aux lettres pour en faire du papier recyclé, des feuilles rustiques, véritable mosaïque de couleurs.